14. Première rééducation générale

Au bout de quatre ou cinq séances, on constate que la tête revient plus facilement à sa position normale, que l’axe du regard s’horizontalise et que cette position peut être maintenue pendant deux, voire trois minutes, sans effort.

La respiration devient régulière et profonde grâce à la mobilisation complète de l’abdomen et de la poitrine. Une sensation d’aisance et de repos envahit alors tout le corps. Bientôt, les muscles autour de la bouche et les muscles des doigts, en particulier ceux du pouce, perdent leur tension et semblent plus légers. C’est le premier signe de la sensation que procure le « corps en état de monoactivation et de monomotivation ». Seules certaines contractions manifestement inutiles ont été éliminées pour l’instant ; néanmoins, la sensation est suffisamment claire pour être reconnue.

Tandis que les fléchisseurs se contractent, les extenseurs s’allongent. Lorsque vous êtes debout, votre posture est donc plus droite grâce à l’effet latent du réflexe d’étirement et de l’induction nerveuse (voir Body and Mature Behavior). La posture est ainsi corrigée par les mêmes mécanismes internes que ceux qui régissent une bonne tenue, et non par un acte de volonté (qui échoue à chaque fois que votre attention se détourne).

Une fois que l’on a appris à reconnaître la posture qui produit la sensation de mettre en œuvre une motivation claire, il est possible d’étendre cette compétence à d’autres domaines d’activité. En général, on prend également conscience du motif de la contraction musculaire lorsque l’on sent les muscles se décontracter. Certaines contre-motivations très grossières ressortent soudain clairement, et si elles ne sont pas particulièrement entretenues par l’environnement à l’instant présent, il est même possible de s’en débarrasser d’un seul coup.

Et s’il n’y a pas de prise de conscience spontanée de la motivation parasite, il suffit de penser à la partie précise du corps dans laquelle on ressent la détente.

Après quelques minutes de bonne ventilation pulmonaire, les muscles de la bouche se détendent. L’alimentation est très souvent liée à des motivations extérieures. Certains mangent toute leur vie dans le but de devenir « des garçons ou des filles costauds », et non parce qu’une tension physique particulière nécessiterait de s’alimenter. D’autres mangent avec un sentiment d’insécurité financière ou de statut social qui les taraude au fond de l’esprit. Certains mangent principalement pour atténuer un sentiment d’impuissance. Le lieu, la manière de mâcher, la position assise et la respiration sont tous affectés par la digestion et ont une influence décisive sur celle-ci.

Soit la personne agit par sens du devoir et se force à faire quelque chose qu’elle n’a vraiment pas envie de faire, soit elle se met à se gaver dans le but de ressentir la lourde sensation d’un estomac trop plein. Sa respiration est arythmique et chaque bouchée requiert son attention. Ces défauts peuvent désormais être corrigés.

Il est difficile d’énumérer toutes les mauvaises habitudes alimentaires. Mais elles ont toutes ceci en commun : une motivation qui n’a rien à voir avec la libération de la tension appelée « faim » est mise en œuvre à la fois par l’habitude et transforme l’alimentation en source de perturbation émotionnelle. La personne s’en tient généralement à un régime que personne ne pourrait suivre longtemps sans provoquer de troubles digestifs similaires. L’alcalinité du sang est partiellement neutralisée par l’acidité excessive du tube digestif. S’ensuivent alors des douleurs, des indigestions, des nausées, de la constipation ou de la diarrhée. Chacun de ces maux correspond à un schéma habituel particulier de motivation contradictoire.

Les personnes dotées d’un tractus intestinal long, qui ont un corps allongé et des jambes courtes, et à qui l’on a fait croire qu’elles devaient suivre un régime riche en viande ou en protéines, souffrent autant que celles qui ont un tractus intestinal court et qui sont végétariennes. Dans tous les cas d’erreur d’orientation personnelle, une forte motivation émotionnelle s’ajoute au motif essentiel que constitue l’alimentation. Il y a des personnes qui boivent excessivement pendant les repas, non pas parce qu’elles ont soif, mais parce qu’elles pensent que c’est « bon » pour elles. Comme nos instincts alimentaires sont très faibles, nous n’avons aucun moyen de résister aux motivations émotionnelles parasitaires qui nous ruinent en créant de mauvaises habitudes alimentaires.

La régularité comme l’irrégularité sont souvent exagérées par des motivations habituelles qui ne devraient avoir aucun lien avec l’alimentation.

Le lecteur devrait désormais être capable de reconnaître les plus évidents d’entre eux, non pas grâce à une connaissance de la chimie alimentaire et de la physiologie de la digestion, mais grâce aux sensations de résistance, d’irréversibilité et d’essoufflement qui se manifestent dans tous les actes mal motivés.

Ce premier examen est important non seulement pour la santé physique, mais aussi parce que le même type de mécanisme intervient dans le comportement sexuel d’une personne incompétente que dans tout ce qu’elle fait.

Souvent, la sensation de malaise due à des troubles digestifs est confondue avec un trouble sexuel. La raison en est que le schéma essentiel de sécurité-dépendance a déformé la texture émotionnelle et brouillé les motivations à tel point que l’action de la personne ne soulage pas la tension présente, mais correspond à une autre tension qu’elle est incapable de reconnaître. Elle confond habituellement le désir d’approbation, d’affection et de sécurité avec le désir sexuel et se révèle frigide non pas parce qu’elle est dépourvue de puissance sexuelle, mais parce que son orientation de soi empêche la dominance parasympathique — il n’y a donc aucune tension sexuelle à libérer.

Grâce à une capacité accrue à reconnaître les contractions superflues, on pourrait même, à ce stade, remarquer à la fin d’une séance, lorsque la respiration est devenue très régulière et facile, que le sphincter anal est souvent contracté par habitude.

Les hommes constatent généralement qu’ils peuvent maintenir ou renforcer une érection défaillante en contractant le sphincter anal. En général, ils ne savent pas vraiment ce qu’ils font, mais se contentent d’une vague sensation d’effort.

Ainsi, tout en retenant leur souffle et en s’écoutant, ils craignent d’entraver l’érection.

L’attente anxieuse et la contraction du sphincter anal entravent la montée de la tension sexuelle, qui nécessite une liberté totale sans aucune interférence volontaire dans l’état de contraction du plancher pelvien et des muscles squelettiques.

En reconnaissant la présence ou l’absence de contraction au niveau du sphincter anal, il est possible de découvrir la cause extérieure de cette contraction. Une fois que le plancher pelvien inférieur est libéré de cette raideur habituelle et inappropriée du sphincter anal, une plus grande liberté de mouvement du bassin devient possible.


Bien que cette refonte ne soit qu’un examen sommaire de son manque de maîtrise et qu’elle n’élimine pas les causes de celui-ci, le simple fait de prendre conscience que l’on met effectivement en œuvre ce qui provoque la sensation de résistance et d’anxiété accompagnant l’acte sexuel apporte un grand soulagement. Avant cette prise de conscience, on avait l’impression qu’une punition, un abandon ou une autre catastrophe était imminente. Ainsi, la tension générale du corps augmentait au point de provoquer de la transpiration, des palpitations, de la diarrhée, des flatulences ou toute autre manifestation personnelle. Il n’y avait aucune raison apparente à tous ces phénomènes et il fallait accepter qu’il y avait quelque chose qui clochait fondamentalement quelque part et que l’heure du jugement était imminente. En développant sa capacité à reconnaître la motivation croisée, on peut percevoir que la tension et l’anxiété sont dues à quelque chose que l’on met effectivement en œuvre et que l’on sait désormais mieux gérer. Ainsi, le sentiment de culpabilité ou de honte s’estompe. Très souvent, les personnes ayant reçu une formation suffisante à la clarté de la pensée ressentent si distinctement leur action erronée qu’elles sont capables de modifier suffisamment leur environnement pour éliminer la réponse habituelle erronée, sans avoir besoin d’un apprentissage supplémentaire. Il n’y a pas besoin de perfection absolue ; il suffit d’être capable de se concentrer sur la tâche à accomplir sans être distrait par la perception d’une motivation constante et récurrente, mais non identifiée. La poursuite des progrès est assurée par l’apprentissage de se placer dans des conditions environnementales plus appropriées et, par conséquent, d’adopter une plus grande souplesse d’attitude et de réaction face aux situations défavorables.

N’essayez pas de corriger vos défauts par un effort de volonté. Lorsque nous faisons de tels efforts, nous ressentons une résistance due à une motivation
étrangère et non identifiée. Nous exerçons et renforçons donc cette résistance en même temps, mais pas au même degré.

Il faut beaucoup d’énergie et de persévérance avant que la différence ne soit suffisamment marquée pour être satisfaisante. Attendez d’avoir appris à amener votre corps et votre esprit dans un état où ils sont plus facilement contrôlables et plus aptes à mettre en œuvre toute motivation claire qui se présente. Cet état se produira lorsque vous aurez appris à maîtriser l’équilibre entre le sympathique et le parasympathique.