LA GYMNASTIQUE DU PROFESSIONNEL

Par Elsa GINDLER (1926)

À propos de cet ouvrage :

Il ne nous reste d’Elsa Gindler qu’un seul ouvrage publié, dans lequel elle expose sa conception de la « gymnastique », présentée lors de la grande exposition de Düsseldorf, intitulée « Santé, travail social et exercices physiques », en 1926. Dans cette conférence (ici reproduite sous une forme quelque peu abrégée), elle explique ce qu’elle entend par « concentration » et « vigilance », comment la vigilance et la réactivité permettent d’intensifier l’engagement des forces tout en les ménageant lorsque la souplesse et la vivacité de réaction s’alternent de manière rythmique, et comment la détente et la tension (par opposition à la « crispation ») sont liées à la gravité.

Lorsqu’Elsa Gindler s’adressa un jour à près de 3 000 participants à un congrès de la « Fédération allemande de gymnastique » (dont elle faisait partie du comité directeur depuis sa fondation en 1925/1926), elle s’exprima, car, selon le récit de ses élèves, il y avait tant de peur et d’hostilité dans la salle qu’après la conférence, ses partisans l’ont fait sortir « pour des raisons de sécurité » par un escalier de service du bâtiment où se tenait la conférence. Elsa Gindler avait en effet remis en question, dans ses exposés, tout ce qui, en matière de mouvements « plus beaux », « justes » et « maîtrisés », constituait l’objectif des écoles de gymnastique de l’époque. Il faut se représenter cette situation, car pour nous, bon nombre des idées d’Elsa Gindler vont presque de soi, même si sa préoccupation fondamentale est encore souvent mal comprise aujourd’hui.

J’ai du mal à parler de gymnastique, car le but de mon travail ne réside pas dans l’apprentissage de mouvements spécifiques, mais dans l’atteinte de la concentration.

Ce n’est qu’à partir de la concentration qu’un fonctionnement irréprochable de l’appareil corporel, en lien avec la vie mentale et psychique, peut être atteint. 

C’est pourquoi, dès la première heure, nous incitons nos élèves à suivre et à approfondir leur travail en pleine conscience.

Nous ressentons tous de plus en plus que nous ne parvenons pas à suivre le rythme de notre vie et que l’équilibre entre les forces physiques, psychiques et intellectuelles est perturbé. Dans la plupart des cas, cette perturbation trouve son origine à l’école.

Et si l’école et la puberté n’y sont pas encore tout à fait parvenues, les relations familiales, le travail et peut-être un destin difficile nous posent alors des difficultés insurmontables.

Nous cessons de façonner notre vie en réfléchissant et en ressentant ; nous sommes pris dans un tourbillon et laissons toutes les incertitudes s’accumuler autour de nous et en nous, au point qu’elles finissent toujours par prendre le dessus au moment le plus inopportun.

L’insuffisance nous domine dans l’ensemble comme dans le détail.

Pourtant, il y a toujours ces mêmes petits malheurs d’une importance infinie. Le matin, nous ne sommes pas reposés. Nous nous levons donc trop tard pour profiter de la partie de la journée qui nous permettrait d’accomplir nos soins corporels avec la sérénité et la tendresse qui nous rempliraient de bien-être et de force. Ce n’est pas pour rien qu’on dit : « Je dois encore me laver, je dois encore me brosser les dents (boire un café, aller au théâtre, sortir, etc.), et non : « Je me brosse les dents », etc. Et cela révèle déjà l’essentiel : nous faisons tout pour en finir et passer à la tâche suivante. Lorsqu’une pièce est nettoyée pour en finir, elle n’a pas le même aspect que lorsqu’elle est rangée pour être propre. Et ce qui est extraordinaire, c’est que cela ne prend pas plus de temps, alors que le résultat est bien meilleur.

Et nous entrons ainsi dans un état d’esprit plus humain. En effet, chaque fois qu’une tâche est menée à bien de manière réfléchie et que nous sommes satisfaits de nous-mêmes, nous avons une conscience. J’entends par là la conscience, qui occupe toujours une place centrale, réagit à l’environnement et est capable de penser et de ressentir. Je m’abstiens délibérément de définir cette conscience comme une âme, une psyché, un esprit, un sentiment, un subconscient, une individualité ou même une âme corporelle. Pour moi, le petit mot « moi » englobe tout cela à la fois, et je conseille toujours à mes élèves de substituer leur propre mot, celui par lequel ils s’adressent à eux-mêmes, à la place de mon mot, afin qu’ils ne se créent pas un nœud dans la psyché et ne passent pas des heures à philosopher sur ce que cela signifie exactement, car pendant ce temps-là, on peut toujours faire quelque chose d’utile.

Il est vrai qu’il peut paraître un peu présomptueux de vouloir aborder le problème que je viens d’évoquer par le biais de la gymnastique.

Certes, c’est vrai. Et nous sommes donc toujours embarrassés quand on qualifie ce travail de gymnastique. La plupart des gens ont l’habitude d’entendre par « gymnastique » certains exercices, et la première question qu’on nous pose concerne toujours les « exercices typiques ». À cela, nous ne pouvons que répondre que ce n’est pas la gymnastique qui fait l’affaire, mais l’esprit qui est présent et impliqué dans l’activité.

En général, on raisonne ainsi : si j’ai appris les exercices de relaxation, je suis détendu ; si je sais faire les exercices de respiration, je sais respirer ; si je sais faire des exercices d’élan, je travaille avec élan ; si j’ai appris à corriger les jambes en X ou en O, elles sont droites. Ce n’est pas le cas, et nous constatons toujours un échec là où cette conception primitive cherche à se servir des choses.

Car il est clair que le simple fait d’apprendre et de savoir faire les exercices

Au contraire, nous parvenons à réduire de plus en plus le temps consacré à une tâche tout en améliorant considérablement la qualité du résultat, et nous entrons ainsi dans un état d’esprit plus humain. En effet, chaque fois qu’une tâche est menée à bien de manière réfléchie et que nous sommes satisfaits de nous-mêmes, nous avons une conscience. J’entends par là la conscience, qui occupe toujours une place centrale, réagit à l’environnement et est capable de penser et de ressentir. Je m’abstiens délibérément de définir cette conscience comme une âme, une psyché, un esprit, un sentiment, un subconscient, une individualité ou même une âme corporelle. Pour moi, le petit mot « moi » englobe tout cela à la fois, et je conseille toujours à mes élèves de substituer leur propre mot, celui par lequel ils s’adressent à eux-mêmes, à la place de mon mot, afin qu’ils ne se créent pas un nœud dans la psyché et ne passent pas des heures à philosopher sur ce que cela signifie exactement, car pendant ce temps-là, on peut toujours faire quelque chose d’utile.

Il est vrai qu’il peut paraître un peu présomptueux de vouloir aborder le problème que je viens d’évoquer par le biais de la gymnastique.

Certes, c’est vrai. Et nous sommes donc toujours embarrassés quand on qualifie ce travail de gymnastique. La plupart des gens ont l’habitude d’entendre par « gymnastique » certains exercices, et la première question qu’on nous pose concerne toujours les « exercices typiques ». À cela, nous ne pouvons que répondre que ce n’est pas la gymnastique qui fait l’affaire, mais l’esprit qui est présent et impliqué dans l’activité.

En général, on raisonne ainsi : si j’ai appris les exercices de relaxation, je suis détendu ; si je sais faire les exercices de respiration, je sais respirer ; si je sais faire des exercices d’élan, je travaille avec élan ; si j’ai appris à corriger les jambes en X ou en O, elles sont droites. Ce n’est pas le cas, et nous constatons toujours un échec là où cette conception primitive cherche à se servir des choses.

Car il est clair que le simple fait d’apprendre et de savoir faire les exercices. 

En effet, il est clair que le simple fait d’apprendre et de savoir faire les exercices de gymnastique ne peut jamais conduire à une conscience unifiée du mouvement. Comment y parvenir alors ?

Précisément, en mobilisant tout notre esprit et nos sentiments pour faire de notre corps, grâce aux exercices de gymnastique, un instrument au service de notre vie. Lorsque nos élèves travaillent, nous veillons à ce qu’ils n’apprennent pas simplement un exercice, mais qu’ils essaient d’accroître leur intelligence grâce à celui-ci. Lorsque nous respirons, nous n’apprenons pas d’exercices spécifiques, mais nous nous en servons pour contrôler nos poumons, leur imposer des freins ou les éliminer. Lorsque nous prenons conscience que notre omoplate n’est pas placée de manière à faciliter notre travail, nous ne la remettons pas en place de l’extérieur. Cela ne servirait à rien, car dès que la personne est occupée à autre chose, elle oublie la ceinture scapulaire. Il y a certes toujours des personnes qui parviennent à la contracter au « bon » endroit, mais cela se voit aussi.

Nous procédons désormais généralement ainsi : au début d’un cours, nous demandons à nos élèves ce qu’ils souhaitent travailler. Le résultat est, au début, effrayant. Soit personne ne dit rien, soit on entend : « Vous devez me faire perdre mon ventre », etc. C’est là que survient la première catastrophe, lorsque je réponds que je n’ai pas du tout l’intention de faire perdre le ventre de quelqu’un d’autre, mais que chacun doit le faire lui-même.

Supposons qu’un cours ait décidé de travailler la ceinture scapulaire. Nous examinons alors la ceinture scapulaire en détail, tant sur le plan de sa forme que sur celui de ses sollicitations. Nous déterminons ensuite, à l’aide du squelette, comment elle peut remplir au mieux sa fonction, puis nous nous comparons à cela et découvrons ce que nous devons faire nous-mêmes. 

Dans la plupart des cas, et surtout au début, nous nous faisons bander les yeux et chacun essaie alors individuellement de déterminer d’où provient le maintien d’une mauvaise posture, puis ce qui empêche la ceinture scapulaire d’adopter la bonne posture. Et c’est ainsi que, tout à coup, chaque élève s’entraîne à sa manière, c’est-à-dire que toute la classe travaille différemment, et pourtant il règne une concentration et un silence que bien des amphithéâtres nous envieraient.

Le moniteur voit alors rapidement où le bât blesse. Il constate par exemple que certains choisissent toujours avec talent ce qu’il y a de plus lourd et de plus difficile, et il a le devoir de préciser clairement qu’il faut toujours essayer d’atteindre un objectif avec les formes les plus simples et les plus faciles. Quoi qu’il en soit, chaque cours travaille avec des exercices totalement différents et invente les siens.

Nous parvenons ainsi à des résultats très importants. L’élève commence à se rendre compte qu’il peut lui-même agir sur son corps. Il sent soudain qu’il peut travailler tout son corps exactement comme il vient de le faire avec la ceinture scapulaire. Sa confiance en soi s’en trouve renforcée. Le programme ne le déconcerte plus, il est encouragé. Or, cela ne peut être atteint par des exercices, aussi bien pensés soient-ils.

Voilà notre méthode de travail. Passons maintenant aux moyens. Nos moyens sont : la respiration, la relaxation et la tension. Des éléments qui, s’ils sont utilisés à bon escient, seront aussi beaux que toutes les belles choses du monde.

Tant qu’ils restent de simples mots, ils causent du malheur, et dès qu’ils sont remplis d’idées, ils deviennent de grands médiateurs de la vie.

L’un des domaines les plus délicats et les plus difficiles de notre travail est la respiration.

Nous pouvons observer chez les jeunes enfants et les animaux que tout mouvement peut accélérer et approfondir la respiration. Chez l’adulte, cependant, les forces physiques, psychiques et spirituelles ne sont plus dirigées par l’unité de la conscience, ce qui rompt le lien entre la respiration et le mouvement. C’est dans cette situation que nous nous trouvons presque tous. Que nous voulions parler, que nous fassions un petit mouvement, que nous pensions, voire même en position de repos, nous entravons la respiration. Pensez donc à la liberté avec laquelle le cou des animaux s’épanouit hors du corps, et comparez-le à votre propre cou lorsque vous avez un peu de temps et de calme. Vous constaterez que le cou, à partir du centre du corps, c’est-à-dire à peu près au niveau du diaphragme, subit une forte traction vers l’intérieur. En observant ce phénomène pendant un certain temps, on s’aperçoit que cette contraction est tout à fait volontaire ; on relâche la tension et on sent soudain que le cou peut se tenir beaucoup plus librement. Le rétrécissement du flux d’air, qui se produit dans la gorge de presque tout le monde, cesse soudainement et l’on se sent libre. Si l’on parvient à provoquer consciemment ce relâchement à tout moment, on sent que tous les mouvements non seulement ne gênent pas la respiration, mais peuvent même l’approfondir de plus en plus. On ne se fatigue pas, mais on se sent au contraire revigoré par le travail. Et transposons cela à la vie : nous devrions devenir de plus en plus vifs et performants à mesure que l’on exige davantage de nous.

En réalité, c’est ainsi que nous nous sommes imaginé la vie et nous pouvons toujours constater que les personnes qui réalisent des performances de haut niveau sont plus en forme que celles qui ne font rien. Et lorsque nous observons les personnes qui réussissent, nous pouvons souvent constater qu’elles possèdent cette merveilleuse souplesse de réaction, cette alternance constante entre activité et passivité. Elles possèdent une respiration souple en tant que fonction. 

Ce n’est jamais facile à atteindre. Nos élèves constatent en tout cas, à maintes reprises et sans grand enthousiasme, qu’il suffit de penser à une seule action pour ressentir immédiatement les effets néfastes sur leur corps et leurs performances.

On y est tellement habitué qu’il est difficile d’y renoncer.

Dans des situations difficiles, comme lors d’une dispute entre conjoints ou de l’apparition soudaine d’un supérieur hiérarchique, nous constatons que cette inspiration brusque et la crispation de la région thoracique et gastrique prennent des proportions inquiétantes. La respiration s’interrompt ou devient haletante, et la situation, qui exige probablement de nous une mobilité maximale, est irrémédiablement perdue. Nous connaissons bien cet état sous le nom d’embarras, d’angoisse, de mauvaise humeur, de confusion mentale et psychique, ainsi que sous la forme d’un jeu maladroit des bras et des jambes, ou encore de tremblements physiques.

Dès lors que l’on est conscient de la manière dont l’on peut dissiper cet état de crispation, c’est-à-dire lâcher prise, on est soudain à la hauteur de la situation. La respiration s’écoule plus librement, la confusion mentale s’atténue, et l’on peut à nouveau faire usage de cette capacité.

Il est clair que l’on ne peut pas commencer par de grands mouvements si ceux-ci provoquent déjà les plus infimes perturbations de la coordination. Il faut les avoir observés pour savoir tout ce que l’on fait avec la respiration lorsque l’on se brosse les dents, enfile des chaussettes ou même… C’est ainsi que nous essayons, avec nos élèves, d’abord d’éveiller la compréhension de ces processus. Nous leur faisons effectuer n’importe quel mouvement, en essayant de l’exécuter sans perturber leur respiration. Cela demande tant de travail qu’on pourrait probablement s’y atteler à l’infini. Mais le terrain de jeu de cet exercice n’est pas le cours. 

Ici, la solution au blocage respiratoire s’obtient relativement facilement et rapidement. Nous devons cependant attirer l’attention sur les occasions insignifiantes où le blocage respiratoire s’installe dans la vie, et le combattre à ce moment-là. Cette lutte consiste simplement à y penser. Plus nous y pensons, plus nous nous habituons, justement lors de petits événements – qui nous laissent d’ailleurs bien plus de temps pour cela que les grands –, à chercher si le trouble ne réside pas dans la respiration. Plus nous le faisons, plus le remède devient facile et naturel. Nous commencerons bientôt à en ressentir les effets bénéfiques : dès que nous relâchons notre respiration, nous remarquons immédiatement que la raideur nous quitte. C’est ce que nous devons apprendre et expérimenter : comment, à l’instant même où nous avons rendu notre respiration souple, nous retrouvons en nous la sensation de vie. Mais plus encore, cette crispation respiratoire est en lien étroit avec une mauvaise tension corporelle. Nous ne pourrons jamais parvenir à la détente corporelle si l’activité respiratoire n’est pas libérée de toute crispation.

Nous devons reconnaître et ressentir ce lien entre la respiration et le mouvement corporel ; nous devons mener à bien cette harmonisation. Ainsi, nous prenons conscience que même les efforts exigés par la vie ne sont pas si insurmontables et peuvent être accomplis en ménageant nos forces, et non pas avec cet effort maximal auquel nous sommes habitués et le tumulte habituel.

(Un passage a été omis ici, qui traitait plus en détail des quatre phases de la respiration — inspiration, phase de repos, expiration, phase de repos — et de leur lien avec les capacités de performance d’un individu.)

Au cours de cette réflexion, nous avons trop souvent employé le mot « crispation », si bien que nous devons désormais nous y attarder. J’ai tenté de montrer à quel point la crispation est liée à des troubles respiratoires, et ces derniers, à leur tour, à des perturbations psychiques.

Les solutions passent donc par notre capacité à créer une représentation mentale de la relaxation et à la concrétiser au moyen d’exercices adaptés.

La relaxation est pour nous un état de réactivité maximale, un calme intérieur, une disposition à répondre correctement à chaque stimulus. Lorsque nous lisons que les Arabes ont la capacité, après des heures de marche dans le désert, de se rouler immobiles dans le sable pendant 10 minutes et de se régénérer à tel point au cours de ces 10 minutes, Gindler se régénérer au point de pouvoir marcher encore pendant des heures, cela nous sert d’exemple de relaxation. Lorsque nous entendons dire que de grands hommes d’affaires restent souvent un instant tout à fait immobiles, tandis que tous leurs sens sont tournés vers l’intérieur, et qu’ils prennent soudain, comme s’ils se réveillaient, des décisions qui sont sans aucun doute les seules possibles, il est clair qu’à cet instant d’absence, une relaxation s’est produite. C’est cette relaxation que nous recherchons. Elle s’obtient le plus facilement par la perception de la gravité.

Nos membres doivent apprendre à saisir et à ressentir la gravité ; oui, chaque cellule en nous doit retrouver la capacité de la suivre. Qui d’entre nous est allongé dans son lit pour dormir, parfaitement détendu, conformément à la gravité, comme un animal endormi ? Lorsque nous essayons de ressentir la pesanteur partout dans notre corps, y compris dans la tête, nous entrons alors dans un état où la nature prend le relais : à mesure que nous adoptons la position physique adéquate, la respiration appropriée s’installe, non pas une respiration arbitraire accompagnée de grands mouvements de la cage thoracique, mais une respiration calme.

Le souffle va et vient imperceptiblement et le sommeil s’installe.

Puis, en position debout, nous devons sentir comment nous transmettons notre poids à la terre, livre après livre, et comment nos pieds deviennent ainsi de plus en plus légers. C’est là qu’intervient le paradoxe : plus nous devenons lourds, plus nous nous sentons légers et calmes.

En position assise, nous devons rester droits ; tant que nous sommes voûtés, nous perturbons tout notre fonctionnement interne. On peut sentir, lorsqu’on se redresse, à quel point la respiration devient alors plus calme et plus satisfaisante. On peut d’ailleurs souvent observer que les personnes fatiguées ou ennuyées se redressent pour se ressaisir et se raviver un peu. Lorsque nous sommes assis, nous devons toujours pouvoir osciller librement aux articulations, le ventre et la colonne vertébrale tendus.

Lorsque nous nous penchons vers l’avant, nous étirons les parties supérieures des poumons. C’est ce même étirement que nous trouvons si bienfaisant lorsque nous nageons ou, surtout, lorsque nous marchons face au vent.

Il faut avant tout retenir ceci : toute correction venant de l’extérieur n’a que peu de valeur. Tout doit être si bien pensé, si bien ressenti et si étroitement lié aux mille et un événements de la vie que cela s’exécute instinctivement à chaque instant. Ce n’est pas ce que nous pouvons exécuter sur commande qui constitue un acquis, mais ce qui se produit immédiatement, sans réflexion, en cas de circonstance soudaine. Mais pour en arriver là, nous devons encore observer toutes sortes de choses qui ne relèvent pas uniquement de la gymnastique. Nous devons non seulement éviter les faux mouvements, mais aussi les mauvaises combinaisons alimentaires, car celles-ci entraînent des troubles internes désagréables qui, à leur tour, provoquent des tensions anéantissant le travail que nous accomplissons sur nous-mêmes. Des soins de la peau sains et judicieux en font partie, c’est-à-dire non seulement l’action sur notre peau, 

Mais aussi la compréhension de la peau, comme le traitement de la peau à l’huile, par exemple. De même, chacun doit s’efforcer d’acquérir une compréhension approfondie de la nature particulière de sa constitution selon Gindler. Gindler, afin d’apprendre, dans une large mesure, à se soigner lui-même.

Maintenant, quelques mots sur la tension : elle semble quelque peu mal vue dans notre travail, mais je dois dire que ce n’est qu’une apparence ! En réalité, seul celui qui sait vraiment se détendre peut aussi ressentir de la tension. Nous entendons par là la belle alternance des énergies qui réagissent à chaque stimulus et qui peuvent augmenter ou diminuer en fonction de l’effort. Nous entendons par là, avant tout, cette forte sensation de puissance, la facilité d’un effort, bref, un sentiment accru de plaisir. La tension, telle que nous la concevons, est la capacité à surmonter les plus grandes résistances grâce à une respiration accélérée. Pour nous, la tension est l’opposé absolu de la crispation. Nous voulons volontiers nous dépenser, mais pas nous épuiser.

Note de l’éditeur : 1 Elsa Gindjer entend ici par « psychique » l’agitation, l’incapacité à attendre.

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